Rectum dominical

 


Une journée de plus, des espoirs de moins en moins lucides, un esprit en miettes et des espérances enthousiastes. Le commencement d’une journée s’annonce aux éclats. Le dimanche est d’une importance sacrée pour un dormeur de la vallée sceptique. La nuit ne cesse de tarauder mon esprit, chambouler mes membranes, mettre en équation mon être fébrile et lâche. Ainsi le domingo vient tamiser cette tumultueuse réflexion sordide et macabre. A six heures du matin, le réveil commença son cri existentiel, mes petits doigts se penchent vers le bouton pour mettre fin à ce gémissement merdique presque enfantin. D’ores et déjà apprêté depuis la veille, je rajoute quelques petites touches de coquetterie, cheveux minuscules en l’air, les sourcils en grève, la bouche cousue et sèche comme une vulve désertée, le sourire insignifiant, la tête migraineuse et le génie humain en quarantaine. Incapable de dire le simple mot, je sillonne malgré moi la grande ruelle menant vers le café strasbourgeois. Les ruelles sont presque vides et quel enchantement ressenti quand tout le monde est au lit, ni cri ni aboiement si ce n’est celui de mon ventre qui réclame du pain au chocolat et une tasse de café crème. 

Le barman me prépare ce menu diurne avec un sourire de pourboire généreux. Le café était tout le temps peuplé sauf les dimanches car les soirées du samedi séduisent de facto les humanoïdes incapables de résister aux tentations. Aucun jugement de valeurs n’est octroyé à ces derniers mais il faut simplement dire que la jouissance du réveil sans sonnette d’alarme n’est pas leur violon d’Ingres. Dans un monde précoce qu’est le mien, les autres sont toujours endormis mais il suffit de recevoir un message ou un appel de ma mère pour déduire que l’humanité entière s’est mise à bouger loin du lit hypnotique. Je sirote ma tasse de café avec soin, un livre de chevet à la main, une bouteille d’eau minérale me sert de compagnie et des idées commencèrent à effleurer et jouir comme une femme fontaine sans prétention aucune. Le tohu-bohu des bavards s’enchaîne, les ricanements s’accélèrent, le souffle coupé en huit et le nuage de nicotine dérobe le feu prométhéen. Je me prépare pour quitter le sacré haut lieu comme un homme qui quitte une femme, comme un fruit sujet de gravité, comme une maman qui accouche d’un môme, comme un rectum qui veut se vider les enchères intestinales. Le domingo est une journée de plus pour un rectum serré, un cœur serein au sérail sans Harem. 

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