Les bénis-porn.
Quel divertissement si ce n’est la fréquentation quasi permanente des cafés, ce haut lieu où les intellectuels se donnent rendez-vous au plaisir d’échanger moults sujets d’actualité. Comme toute autre composante, la postmodernité a sillonné corps et âmes voire esprits. Au lendemain de la révolution française ou même bien avant celle-ci, ladite intelligentsia formée de têtes bien faites, traitaient de l’avenir du pays inscrit jadis dans une incertitude de transition. Cela était bel et bien le beau paysage d’un Occident qui manifesta une dominance remarquable depuis des siècles. En tant que sujet marocain, peut-être même à part entière, je trouvais du plaisir quant à la fréquentation des cafés sauf que le mot littéraire n’existe guère chez nous. Mon don d’observateur sans prétention aucune, m’a permis d’apercevoir les différents changements d’une société dite conservatrice. Cette qualification qui me taraude l’esprit, me soule, me dérange, me fait sentir bête. Ce conservatisme dont parle les barbus de la postmodernité dépourvus d’angoisse de croisades, usagers de médias sociaux pour but de veiller sur une jeunesse déboussolée. Avant de m’étaler sur la suite de la chronique, je voudrais très franchement secouer le tamis des convictions en posant une seule question maîtresse : depuis quand la jeunesse se cache, fait preuve de misère pour coïter ou vivre des amours secrètes ?
Je sais de facto que les partisans appartenant aux courants idylliques vont simplement dire que les actes juvéniles sont d’une impudeur inouïe et que l’Homme conscient doit maitriser à fortiori ses désirs pour asseoir une élévation morale. Revenons un peu en arrière pour tétaniser le doute et la péroraison. Notre éducation est dépourvue de sexualité en termes de programmes scolaires mais les systèmes restent inondés de déraison. Les filles rejoignent les garçons aux vestiaires pour jouir d’un baiser secret dont l’effet dure quelques minutes. Ces mêmes élèves grandissent dans un microcosme qui leur transmet amèrement que l’amour est synonyme d’interdiction, la femme exclusive est dépourvue de chasteté et que le mariage reste idéalement le seul et unique subterfuge.
Ce matin, j’ai beau commencé la lecture du roman de Najib Mahfouz intitulé Al Harafish, à juste titre informatif, le personnage principal jusqu’à l’instant s’appelle Achour Aljnaji ; un homme bizarre mais complètement romanesque. Au moment même où j’annote les fragments de ma lecture, des couples rejoignent en foule et masse le café en question. Celui-ci n’est d’aucune exclusivité romantique dans la mesure où mêmes les musiques choisies par le barman sont celles de DJ méconnu ou de simples parodies en boucle. L’enchaînement de visites m’était énigmatique, des femmes voilées, des hommes portant des tenues conservatrices, dotés d’une barbe en filigrane et puis sur l’autre côté de la rive, des couples de fumeurs, des femmes très coquettes presque dénudées exprimant haut et fort leurs amours sincères. Un nuage de désir se forme, des moments d’euphorie se renouent et des questions se posent. Faut-il venir jusqu’au café pour s’aimer ? Faut-il fuir le cercle familial pour former cette coalition burlesque et baroque ? Plusieurs questions et réponses ont fait leur apparition au moment même de cette réflexion. Bizarrement les hommes se mettaient de droite tandis que les femmes s’assoient à gauche comme des courants politiques qui se lancent en rixe et querelle avant les élections, commencèrent à s’entraimer une fois vaincus.
L’amour à la marocaine est un
axiome philosophique, dévoilant le ressenti collectif d’un peuple qui hait les
mécréants, les critique jour et nuit mais demeure incapable de faire preuve du
contraire. De retour au perchoir que j’abrite, une femme portait son téléphone
à l’aveuglette, béhaviorisme pour lequel, je me suis arrêté pour lui souffler
un conseil au risque d’être volée ou agressée par un cancre qui pourrait
revendre son téléphone pour payer l’addition d’un rencard. Elle m’a percé, transfusé
avec son regard maléfique de critique littéraire, si et seulement si, effrayée
de ma barbe en porcelaine, rien de sorcier car une avalanche de jugements m’est
vraisemblable. Des secondes se sont affilées en crescendo et la femme saisit à
son tour la primauté d’exprimer sa gratitude, en effet, chuchote d’une manière
distincte un « béni » affamé. Une fois arrivé, je me rase
immédiatement la barbe jusqu’à ma juteuse nuque au risque de devenir l’mage
mobile du béni pornographe.
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