Canis lupus albus : traité sur l’attente et autres maux

 


N’est-elle pas trop pénible pour les minuscules êtres que nous sommes, douloureuse, nonchalante et impitoyable ? Elle se présente sous différentes formes, sous forme de gens qui passent toute leur vie à nous raconter des histoires et d’autres qui s’éloignent de notre microcosme petit à petit et d’un jour à l’autre, font le gros saut et pensent à nous délaisser et ne plus réapparaître. Au commencement de sa vie, le Zoughbi était un enfant seul, l’aîné d’une fratrie qui verra le jour au lendemain de chaque quinquennat présidentiel. Enfant seul et timide, ce dernier n’avait pas d’amis à l’aube de son enfance déserte et champêtre, ses seuls et uniques amis sont les arbres auxquels il s’adresse pour extérioriser son ressenti, pour s’en servir de psychanalyste. Freud, furieux de cette approche gratis, il commanda ainsi les forces métaphysiques pour lui souffler des idées profondes et sceptiques et de fil en aiguille, le mal de penser se poursuit, les migraines s’accentuent et le sort de sa vie bifurque sur une trajectoire pénible et inaccoutumée. Des êtres se présentent volontairement au périple de sa vie juvénile, jadis, des amis d’enfance qu’aucun d’eux n’est en vie, peut-être sont-ils en survie mais l’inexistence perpétuelle indique de manière impromptue le départ incertain et prou probabiliste des hommes en question. Cette solitude lui a permis d’offrir et octroyer son patrimoine de pensées au musée des hommes, ceux dénudés de savoir, de volonté d’être, de religion tolérante et à ceux dépourvus de toute volonté de puissance. L’homme seul est une machine à coudre dixit le désormais Zoughbi, capable de tout donner sans s’attendre aux présents d’autrui, inconditionnellement riche malgré sa disette abyssale, sous souffle est coupé en huit et sa physionomie est presque invisible. Tard le soir, il sort pour marcher seul accompagné d’une dizaine de chats nocturnes comme une secte de loups sibériens.

Pourquoi est-il ainsi ? Pourquoi pas être comme les autres, franchir cette porte fermée depuis sa naissance, une porte d’intempéries orageuses mais dans laquelle il se retrouve seul et sans consolateur ? celles-ci étaient les innombrables questions que se posaient cet homme libre et libertin. Aux moments tardifs de son séjour sur terre, il s’est permis de vivre l’amour absolu, l’amour mortel quant à l’écriture de son premier et dernier roman, un roman qui sera publié à titre posthume et qui s’est avéré inclassable. Dans sa petite chambre boisée, les espoirs se lèvent très tôt le matin mais les innombrables maladies dont il souffrait l’empêchait de prendre le courage à deux mains car l’une d’elles est toujours fatiguée à force d’écrire, de barrer les phrases inutiles, d’entourer les mots bizarroïdes, de collecter les bulles d’air pour inspirer et vivre une minute de plus. Aux années salades, l’amour n’était pour lui qu’une fantaisie, un moyen purificateur et un morphème de discours inutile mais nécessaire pour séduire les femmes qui, en manque d’affection, plongent et se noient au trou noir des attentes inatteignables. Les jours passèrent, l’homme se doit de changer de prismes épistémologiques, renifle de plus en plus les fleurs moroses de son jardin d’Eden mais n’arrive toujours pas à trouver cette petite fleur timide perchée au somment de la pudeur céleste. N’est-il pas trop tard, dit-il à lui-même, à lui-même et personne d’autre, à lui-même il doit toute la mélancolie transcendante, à lui-même le monde s’adresse continuellement et à lui seul la souffrance est octroyée…

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