Ainsi parlait le silence.
Après de longues réflexions, un ressenti inéluctable d’hésitation, une fièvre passagère de doutes et une peine moqueuse ; le silence s’installe à fortiori pour enfin penser le monde et ses travers. Pensez-y, ayez le courage de le convoquer de temps à autre, de réclamer son omniprésence auprès de cet amas de poussière bavarde, levez le doigt, criez haut et fort, le silence est tout sauf corrosif. Je me souviens des premiers instants d’intimité avec le silence, je passais des journées entières à contempler mon être, à mettre en équation cette existence d’allure énigmatique.
Pour moi, le silence était la seule et unique forme de vénération qui puisse exister dans ce monde. Dieu est désormais taciturne raison pour laquelle, l’homme inventa les langues pour déchiffrer ce silence et en faire une catharsis de tous les maux. Quand j’y ai pensé pour la première fois, j’étais en compagnie de mon cousin autiste, celui pour lequel le silence est la seule et unique forme de dialogue. Une ivresse discursive s’est installée, il m’observa de temps à autre, cria s’il le faut pour lui servir un verre d’eau ou une galette champêtre. Mon cousin était moins âgé que moi pourtant robuste et de grande taille, sa moustache pousse en filigrane et ses os sont téméraires. Je me lançais dans des débats avec cet être étrange et atypique, nous commençons à traiter de divers sujets d’actualité, tout change, tout est modulable hormis les fréquences de sa voix qui se veulent discrètes et inchangeables. Au bout de cet échange, je me retrouve par moments en train de mener des monologues exprimant à quel point nos dimensions sont en déphasage.
Le bruit de par sa nature intrusive
fait les mains et les pieds pour secouer le calme mais rien au monde n’est
capable de tamiser la force divine qui fortifie la paisibilité, le non-dit, le
sifflement des âmes et surtout le reflet vraisemblable de l’existence qui
transcende les voix indiscernables. Mon cousin somnole et la lune scintille par
jalousie, le soleil n’est plus de ce monde, l’espace-temps jouit, les aboiements
s’accentuent et le silence regagne son trépas. La page de la journée se déchire
et le miroir scande les nocturnes de Chopin et je me rends compte que l’autisme
de mon cousin n’est autre que mon propre reflet. L’unanimité de ce monde est silence,
silencieux ; est ce monde, ainsi parlons-en au plaisir de combler le
vacarme des années d’alors !

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