Bastet est furieuse.

 




La reprise immédiate du travail n’était pas du tout étrange, le réveil matinal m’était toujours attribué. Je retrouve du plaisir en écoutant le gazouillement des oiseaux, le vent qui souffle et réveille les arbres, les ruelles presque vides au pays des dormeurs du val, les chansons d’Um Kelthoum sillonnant tous les cafés comme si nous étions au Caire de l’après-guerre. Rien n’annonçait l’avènement d’un drame, les enfants chantonnaient en chœur, ma mère qui n’a guère délaissé ses habitudes en téléphonant sa mère avant d’aller au boulot pour bénéficier d’une bénédiction maternelle antidote efficace contre la ruse des malfaiteurs. Tout s’enchainait de manière habituelle, le bus est arrivé deux minutes plutôt, le chauffeur toujours souriant malgré la pénibilité du travail usant et draconien, les étudiants à moitié endormis, le ciel devint de plus en plus gris et la pluie ne cessa d’arroser l’asphalte. Tout au long du trajet, j’écoutais un podcast sur Najib Mahfouz, une émission qui retrace à part entière le déroulé de sa vie ainsi que ses inspirations littéraires dont notamment Zola, Proust et d’autres écrivains de la littérature mondiale. Vers les champs de course, les gouttelettes d’eau divine cessaient d’alimenter l’espoir collectif des agriculteurs, le ciel gronda méchamment comme une toux d’un ancien fumeur dont les poumons sont troués comme une peau victime d’acné, les arbres murmuraient des paroles insignifiantes, le chauffeur stupéfait, le professeur de psychologie sort son calpin pour faire la psychanalyse de l’espace, quant à moi crispé et presque tétanisé. Un conducteur d’un carrosse écrasa à plein fouet un chaton sans même avoir la délicatesse existentielle de l’enterrer au jardin d’à côté. Il s’arrêta pendant quelques secondes pour témoigner du crime, le visage inhumain, les mains froides, le sourire d’un tueur en série, l’indifférence dévisagée, un monstre en devenir. Les étudiants rallent comme des membres de l’ONU, pourtant tous complices au théâtre de la modernité impérialiste. Quelques minutes plus tard, sur un coup de voulant imprévu, le bus bifurqua sur le mauvais chemin, des cris en l’air et des chats qui miaulent en dégustant le sang froid des corps en pêle-mêle.


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